Les vieux 19

Tout à coup le vieux se dresse sur son fauteuil :
« Mais j’y pense, Mamette,… il n’a peut-être pas déjeuné ! »
Et Mamette, effarée, les bras au ciel :
« Pas déjeuné !… Grand Dieu ! »
Je croyais qu’il s’agissait encore de Maurice, et j’allais répondre que ce brave enfant n’attendait jamais plus tard que midi pour se mettre à table. Mais non, c’était bien de moi qu’on parlait, et il faut voir quel branle-bas quand j’avouai que j’étais encore à jeun : « Vite le couvert, petites bleues ! La table au milieu de la chambre, la nappe du dimanche, les assiettes à fleurs. Et ne rions pas tant, s’il vous plaît ! et dépêchons-nous… » Je crois bien qu’elles se dépêchaient. À peine le temps de casser trois assiettes le déjeunerse trouva servi.
« Un bon petit déjeuner ! me disait Mamette en me conduisant à table ; seulement vous serez tout seul… Nous autres, nous avons déjà mangé ce matin. »
Ces pauvres vieux ! à quelque heure qu’on les prenne, ils ont toujours mangé le matin.
Alphonse Daudet

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