Les vieux 18

« Le papier de sa chambre !… Il est bleu, madame, bleu clair, avec des guirlandes…
– Vraiment ? » faisait la pauvre vieille attendrie ; et elle ajoutait en se tournant vers son mari : « C’est un si brave enfant !
– Oh ! oui, c’est un brave enfant ! » reprenait l’autre avec enthousiasme. Et, tout le temps que je parlais, c’étaient entre eux des hochements de têtes, de petits rires fins, des clignements d’yeux, des airs entendus, ou bien encore le vieux qui se rapprochait pour me dire : « Parlez plus fort… Elle a l’oreille
un peu dure. » Et elle de son côté : « Un peu plus haut, je vous prie ! … Il n’entend pas très bien… » Alors j’élevais la voix ; et tous deux me remerciaient d’un sourire ; et dans ces sourires fanés qui se penchaient vers moi, cherchant jusqu’au fond de mes yeux l’image de leur Maurice, moi, j’étais tout ému de la retrouver cette image, vague, voilée, presque insaisissable, comme si je voyais mon ami me sourire, très loin, dans un brouillard.
Alphonse Daudet

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