L'enfant d'Oradour 6.10

Georgette regarde la canne quelques secondes et la rend à Roger, qui a l'air soucieux.
- Qu'est-ce qui te chagrine, mon fils? Je t'ai dit qu'on allait voir ça avec ton père. Rassure-toi, si on ne peut pas y aller dimanche, on ira le dimanche d'après.
- C'est pas ça... mais...
- Mais quoi?
- Maman, c'est vrai qu'on va bientôt retourner en Lorraine? demande Roger en se réfugiant dans les bras de sa mère.
- Qui t'a dit ça?
- A moi, personne. C'est monsieur Valentin qui en parlait avec monsieur Pincemaille au salon de coiffure.
- Peut-être, Roger. Peut-être... Mais pas la peine de t'emballer trop vite, la guerre n'est pas finie et personne ne sait qui va la gagner.
- Je ne m'emballe pas, tu sais. C'est que... je ne suis pas sûr d'être... content de retourner en Lorraine.
- Ah bon? Mais c'est chez nous!
- Oui, peut-être... mais tous mes copains à moi sont ici, à Oradour.
Bien sûr, Roger, ne t'inquiète pas. On en reparlera. Pour l'instant, va ranger ta canne. Faudrait pas que Claude et Josette se blessent en jouant avec.
- Oui m'man, ni qu'ils la cassent. Je vais la cacher sous mon lit. Tu ne le dis à personne: c'est notre secret, dit-il en plongeant son visage dans la douce chevelure maternelle.
- Promis, mon grand. Motus et bouche cousue!! répond Georgette en lui claquant deux grosses bises sur chaque joue.
Régis Delpeuch

Identifiez-vous pour jouer

Commentaires