Roger se rallonge sur la mince couverture qui lui sert de paillasse, bien décidé à ne pas se rendormir. Dès qu'il ferme les yeux, des cauchemars se glissent sous ses paupières.
Alors, il se repasse en boucle les paroles de M. Pincemaille, hier soir;
- Ne t'inquiète pas , Roger! Demain matin, nous irons à Oradour et tu retrouveras tes parents.
- Vous êtes sûr, m'sieur?
- Oui, mon gars! Sûr de sûr. Je les ai vus, moi, les Allemands, aujourd'hui. Vers 13 heures, trois ou quatre sont passés sur la route à côté de la métairie. Ils plaisantaient et riaient. Ils se sont arrêtés couper des fougères dans le fossé à vingt mètres d'ici, pour en faire des camouflages. A mon avis, ils font des manœuvres.
- Pourquoi ils ont tiré des feux à Oradour? Pourquoi ils ont rassemblé les gens sur le champ de foire? Et puis ils cherchent des armes et des maquisards, c'est monsieur Goujon qui nous l'a dit avant que je m'enfuie.
- C'est pour ça qu'il ne faut pas que tu t'inquiètes. Il n'y a jamais eu aucun maquisard à Oradour et encore moins d'arme, à part quelques vieux fusils de chasse.
- Mais si vous avez pas peur, pourquoi on va dormir dans les bois, ce soir?
- Arrête de poser des questions et repose-toi!
- Et la fumée...
- Allez, dors! Demain matin, j'irai prévenir tes parents que tu es chez nous.
Régis Delpeuch