27 mai 1871:
Prosper Olivier Lissagaray, 33 ans, journaliste
"Je vis fusiller environ soixante hommes, à la même place et en même temps que des femmes. Un petit incident touchant, qui m’accabla complètement, frappa mes regards. Tandis que Paris brûlait au milieu de la nuit, que le canon et que la mousqueterie pétillait, une pauvre femme se débattait dans une charrette et sanglotait amèrement. Je lui offris un verre de vin et un morceau de pain. Elle refusa en disant: "Pour le peu de temps que j’ai à vivre, ça n’en vaut pas la peine".
Une grande rumeur suivit de notre côté de la barricade et je vis la pauvre femme saisie par quatre troupiers, qui la dépouillaient rapidement de ses vêtements. J’entendis la voix impérieuse de l’officier commandant qui interrogeait la femme, disant "Vous avez tué deux de mes hommes".
La femme se mit a rire ironiquement et répondit d’un ton rade: "Puisse Dieu me punir pour n’en n’avoir pas tué plus! Javais deux fils a Issy, ils ont été tués tous les deux, et deux à Neuilly, qui ont subi le même sort. Mon mari est mort à cette barricade, et maintenant faites de moi ce que vous voudrez". Je n’en n’entendis pas davantage, je m’éloignai en rampant, mais pas assez tôt pour ne pas entendre le commandement de: "Feu!" qui m’apprit que tout était fini."
Triste réalité