Le temps des cerises (197)

25 mai 1871:
Témoignage de Victorine Brocher, 31 ans, piqueuse en bottines, ambulancière
"Quant à nous, nous n’avions fait une courte apparition au boulevard Bourdon, nous avions espéré y trouver les nôtres. N’ayant vu aucun ami, nous revîmes à la Bastille. Toujours portant le drapeau je suis allée avec les amis à Picpus, nous n’avions qu’une pièce de canon que traînaient les camarades, on tirait sur nous du côté du couvent, alors ils mirent la pièce en batterie, bien résolus à nous défendre, mais lorsqu’ils voulurent charger, nous n’avions que des gargousses qui n’étaient pas de calibre, nous avons dû renoncer à nos projets de défense et nous avons quitté l’endroit pour nous diriger du côté du boulevard de Belleville.
Dans notre parcours nous avons été plus ou moins inquiétés par des coups de feu, le plus fort de l’action était aux abords des terrains conquis par l’armée Versaillaise. Cependant, quand nous franchissions le boulevard, une balle vint atteindre un des nôtres qui fut blessé assez grièvement, mais non mortellement. Je n’avais plus rien pour le panser, lorsque j’aperçus une pharmacie sur le boulevard, j’y entrai avec mon blessé, le pharmacien fit qui était nécessaire, puis nous raconta ce qui se passait dans les différents quartiers, il nous dit que nous avions tort d’aller plus loin, que cela était une témérité inutile, que nous serions massacrés sans pitié.
Il offrit de nous réconforter et me pria de changer de costume, il m’engagea à rester chez eux je leur fis comprendre qu’il serait horrible de ma part d’abandonner mes amis.
Nous avons lutté ensemble, nous mourrons ensemble si cela doit être, mais je ne veux pas les quitter lui répondis-je, je n’ai qu’une parole, je leur ai juré que je resterai jusqu’à la fin je dois y rester."

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