L'enfant d'Oradour 9.4

Mais elle a à peine parcouru dix mètres qu'un soldat se met en travers de son chemin:
- Madame, il faut rester de ce côté.
- Mes filles sont là-bas et je ne vois pas mon fils qui devrait y être lui aussi. S'il vous plait, laissez-moi passer. J'en ai pour une minute.
- Désolé, ce sont les ordres, madame! Chacun reste de son côté.
- Mais vous n'êtes pas allemand? demande Georgette au soldat, intriguée par son excellent français.
- Non, je suis alsacien.
- Alors, qu'est-ce que vous faites avec eux?
- Pas eu le choix, madame. J'ai été enrôlé de force en août 1942, comme des dizaines de milliers de jeunes alsaciens et Mosellans.
- Mais je suis lorraine, moi aussi! Oh, s'il vous plait! Laissez-moi aller parler à mes filles. Je suis trop inquiète.
- Je ne peux pas. Vraiment pas. Mais rassurez-vous, tout cela sera bientôt fini.
- Qu'est-ce qui sera bientôt fini? s'énerve Georgette? Qu'est-ce qu'on fait là, parqués sur le champ de foire? On n'est pas du bétail que je sache!
- Madame, je vous en prie, calmez-vous. N'alertez pas un de mes collègues allemands.
- Alors, dites-moi ce qu'on fait là.
- On nous a ordonné de vous garder le temps de fouillez toutes les maisons du bourg. Nos chefs sont certains qu'il y a des caches d'armes dans le village et des repaires de maquisards.
- C'est absurde, dit Georgette en haussant les épaules. Il n'y a pas de village plus calme qu'Oradour-sur-Glane et, à part quelques vieux fusils de chasse, vous n'allez rien trouver.
- Tant mieux! répond le jeune Alsacien. Dans ce cas-là, vous allez bientôt revoir vos filles et votre fils.
Régis Delpeuch

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Comments

  • En tant qu'Alsacien, la mémoire d'Oradour est particulièrement douloureuse.
    Parmi les victimes, on a recensé 9 Alsaciens.
    Parmi les bourreaux, on en a compté 14, qui sont passés en jugement après guerre. 13 d'entre eux étaient des "malgré nous", un seul était volontaire.
    May 17, 2026, 9:50 am
  • Merci pour ce hanjie. C'est vrai que la France n'a pas été tendre avec les Alsaciens après la guerre.Mon père qui était engagé dans la première armée, me disait que c'était à Strasbourg qu'ils avaient été les mieux reçus. Lorsqu'ils étaient libres, les soldats vivaient chez l'habitant. Il allait souvent chez une dame qui avait son mari qui était prisonnier. Un jour qu'il disait qu'il était philatélistes, elle est allée chercher la collection de son homme et en a donné un de chaque à mon père en lui disant : "S'il était là, il aurait fait pareil que moi."
    May 17, 2026, 5:42 pm
  • Triste !
    Merci
    May 17, 2026, 5:51 pm