Le mercredi 14 juin, au soir, pendant le souper, Marie-Louise, devant l'air abattu de Roger, lui demande, le cœur serré:
- Qu'est-ce qu'il y a, Roger, tu ne te plais pas chez nous?
- Si, bien sûr que si... mais... sans ma famille et mes copains... Je m'ennuie. J'aimerais bien partir d'Oradour. Y a plus personne pour jouer avec moi, et ...
- Est-ce que tu sais si tu as de la famille dans la région? demande Justin.
- Il y a grand-père François à Vigeois, mais il est très vieux et il ne comprends plus trop ce qu'on lui dit. Et puis je crois que maman parlait de temps en temps de son cousin Julien à Nieul ou pas loin. Julien-je-sais-plus-comment. Papa et maman sont même allés chez lui une fois, il y a un ou deux ans. C'est un expulsé lorrain lui aussi, mais pas de Charly.
- Je crois que je le connais, dit Justin, ce doit être Julien Weler, un gars de Bousse qui a été expulsé à Saint-Gence de Nieul. J'irai le voir demain. Mais toi, Roger, tu aimerais retourner à Charly?
- Je ne sais pas! Peut-être ... mais je connais personne là-haut non plus. A part tonton Émile, mais il y a longtemps qu'on n'a pas eu de ses nouvelles. Et puis, ces sales Boches y sont encore... alors non!
Régis Delpeuch
Bien sûr, je ne laisserais pas tomber cet enfant... mais comment réagir?
Oui PP, j'imagine qu'on accueillerait l'enfant, forcément.
De mon côté, je pensais à ces générations qui ont connu la guerre, voire les deux. Comment pouvaient-ils imaginer une relation amicale entre la France et l'Allemagne ? Comment ce gamin pourra-t-il même appeler un Allemand autrement que par le mot "boche" ? Dur dur.
Merci