Le temps des cerises (206)

26 mai 1871:
Témoignage de Benoit Malon, 30 ans, ouvrier teinturier, journaliste
"Depuis lundi soir, on voit passer de longues files de plusieurs centaines de prisonniers ramassés un peu partout; on les lie quatre par quatre, quelquefois on leur attache les mains derrière le dos, d’un soufflet on les décoiffe, et on les conduit entre deux doubles haies de soldats, les officiers ayant le revolver au poing, les soldats le fusil chargé et la baïonnette au bout du canon. A la moindre tentative de fuite, une décharge à bout portant fait du prisonnier un cadavre. Ils n’arrivent pas toujours à Versailles. Lorsque pendant le trajet, il plaît à l’officier qui commande le détachement de faire quelques exécutions, il choisit dans le tas, et les pelotons d’exécution commencent leur lugubre besogne.
A Versailles, cette haine des vaincus dépasse les limites de la rage. Là, on va jusqu’à frapper les malheureux vaincus, on les déchirerait si les gendarmes et les soldats, déjà si féroces eux-mêmes, ne les protégeaient un peu contre cette incroyable fureur qui s’applique à tous les habitants de Paris."

Log in to play

Comments