25 mai 1871:
Témoignage de Prosper-Olivier Lissagaray, 33 ans, journaliste
"À sept heures moins le quart environ, près de la mairie nous aperçûmes Delescluze et une cinquantaine de fédérés marchant dans la direction du Château d’eau. Delescluze dans son vêtement ordinaire, chapeau, redingote et pantalon noir, écharpe rouge autour de la ceinture, peu apparente comme il la portait, sans armes, s’appuyant sur une canne. Redoutant quelque panique au château d’eau, nous suivîmes le délégué, l’ami. Quelques-uns de nous s’arrêtèrent à l’église Saint-Ambroise pour prendre des cartouches. À cinquante mètres de la barricade, le peu de gardes qui ont suivi Delescluze s’effacent, car les projectiles obscurcissaient l’entrée du boulevard.
Le soleil se couchait, derrière la place. Delescluze, sans regarder s’il était suivi, s’avançait du même pas, le seul être vivant sur la chaussée du boulevard .Arrivé à la barricade il oblique à gauche et gravit les pavés (les barricades étaient faites de pavés. Delescluze a escaladé la barricade, à la vue de tous, comme s'il cherchait à se faire tuer...). Pour la dernière fois, cette face austère, encadrée dans sa courte barbe blanche, nous apparut tournée vers la mort. Subitement Delescluze venait de tomber foudroyé, sur la place du Château d’Eau."